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Citations de Jacques Houplain, peintre graveur



A l’occasion du 7e grand salon d’art contemporain de La Garenne Colombes (en 1992) :

« Jacques HOUPLAIN est exclusivement graveur ; le grand attrait de sa recherche est de savoir quelles inventions purement graphiques le graveur obtiendra à la suite de ses travaux. En effet, avant même d’en souligner les mérites esthétiques, le technicien nous intéresse au plus haut point et nous paraît apporter dans l’art de la gravure un certain nombre de nouveautés de la plus authentique originalité. Alors que généralement la variété dans les effets de matière est obtenue par la combinaison de procédés différents, c’est-à-dire que les graveurs utilisent simultanément l’eau-forte, la pointe sèche, voire le burin pour obtenir un répertoire plus riche, HOUPLAIN au contraire veut, avec un seul procédé technique atteindre une variété plus grande. »
(Raymond COGNIAT)

« Le langage plastique d’HOUPLAIN dépasse largement celui d’un métier : HOUPLAIN est un véritable artiste dont la pensée trouve d’elle-même la traduction graphique qui lui convient. Car HOUPLAIN semble une sorte de visionnaire. Faire une œuvre d’art ne signifie pas, pour lui, savoir représenter le monde que nous voyons ; pour lui, le monde sensible, la nature ne sont que des intermédiaires, des étapes, des références provisoires sur le chemin de leur monde intérieur. Ce qui nous intéresse chez HOUPLAIN, ce n’est pas de savoir comment il voit notre monde, mais de connaître son monde à lui, tel qu’il le porte en soi-même. Ce qui ne l’empêche pas de prendre son point de départ dans le donné commun. Il est un confident qui nous fait entrevoir, au delà du langage des mots, une réalité si présente des choses que nous enseignent nos rêves. Il faut sans doute revenir jusqu’aux artistes de la Renaissance pour trouver un accent si neuf, si tendrement naïf, si sincère et convainquant. »
(Marc SANDOZ)


« On insiste, aujourd’hui, sur le caractère créateur de cet art de cultiver les variations et les différences. »
(Cl.-G. DUBOIS , le Maniérisme)


« Rien ne se construit sur le vide ; tout artiste a besoin de son inspiration ; toute œuvre procède de sources, de modèles, de valeurs… Les gravures de Jacques Houplain – comme d’ailleurs ses peintures – reflètent à l’évidence les inclinations de l’artiste pour les mythes et l’ésotérisme ; beaucoup d’entre elles traduisent l’attirance qu’exerce sur lui la nature physique ; dans leur ensemble enfin, elles attestent son attachement à certaines phases de l’histoire de l’art et à la tradition artistique du travail bien fait.
Ce sont les rapports singuliers que l’artiste entretient avec de telles sources, modèles et valeurs qui fondent son art, qui en déterminent l’essence ; et ces rapports, exceptionnellement complexes et ambigus, sont clairement empreints d’une allégeance subversive ; ce principe générateur de style que Claude-Gilbert Dubois présente comme le caractère fondamental de toute attitude maniériste. Le maniérisme est à prendre alors comme l’une de ces familles d’esprit qu’Henri Focillon imaginait « unies des liens secrets » et se retrouvant «avec constance par-delà les temps et par-delà les lieux, à l’une de ces familles artistiques indépendantes de toute topologie historique. Car, dans la production artistique, de même qu’il existe des polymorphies synchroniques, il existe des isomorphies diachroniques.
L’allégeance subversive de Jacques Houplain aux objets de son inspiration engendre un formalisme dénué de conformisme qui se reconnaît, dans l’ensemble de son œuvre peint et gravé, à des caractères matériels thématiques ou formels bien spécifiques…
(Raoul PRADEAU)


A l’occasion de la remise du Grand Prix Léon-Georges BAUDRY (en 1994) :

« Praticien de la rêverie, artisan du symbole et du mythe, Jacques HOUPLAIN est aussi le constructeur patient et l’ouvrier méticuleux de la forme. Mais constructeur d’abord, ouvrier ensuite, selon la méthode intellectuelle qui va de la conception d’ensemble à réalisation progressive. La conception de ses œuvres a son origine dans ces rêveries qui sont à l’être en repos ce que sont les rêves à l’être en sommeil et qui conservent une part de conscience réflexive. C’est ensuite par une expkloitation consciente des contraintes du format qu’il donne à chacune de ses compositions la complétude, ce caractère de totalité et de nécessité « qui fait que rien n’y saurait être changé, ou déplacé, que tout doit y être ce qu’il est » (Wölflin). C’est enfin par un long et patient travail, au cours duquel l’exécution ne cesse de dépasser la conception qu’il les enrichit de ses textures continuellement renouvelées, parfois miniaturisées mais toujours précises et d’une implacable lisibilité. »
(Raoul PRADEAU)


« Jacques HOUPLAIN se situe dans cette marge de la réalité indécise entre visible et invisible ; son œuvre s’apparente à un réalisme du merveilleux où tout est vie. Une légèreté surprenante existe dans ses gravures par lesquelles le fantastique respire le naturel… HOUPLAIN est un alchimiste combinant les présences de mondes suggérés, évoqués à peine par la pointe du rêve et du burin. Il ressemble à de vieux savants souriants, à la jeunesse éternelle. C’est un homme qui perçoit plus qu’il ne dit, et ce qu’il dit tremble intérieurement, comme doué d’une vie trop dense et contenue. »
(Michel RANDOM)


A l’occasion de l’exposition « Gravure Passion », Atelier d’Art de la Ville de Saint-Maur, en 2000

« Il semble à peu près impossible de ranger Jacques HOUPLAIN dans un courant esthétique de l’heure actuelle. On préférerait le qualifier de « maniériste » à condition de l’entendre selon l’interprétation récente proposée par quelques historiens d’art au cours de ces dernières décennies.
Le « maniérisme », selon eux, ne devrait pas être considéré comme un courant esthétique né et limité au quintecento. Il appartiendrait de le concevoir plutôt comme une attitude qui s’est avérée récurrente à travers les siècles aussi bien qu’à travers les continents. Elle serait le fait d’artistes apparemment très isolés et il importe de la découvrir sous ses aspects protéiformes. Principalement, elle relèverait de la fusion de deux tendances, contradictoires à première vue : l’une individualiste, voire libertaire, l’autre marquerait une avidité à interroger les oeuvres du passé, non pour y prendre des modèles, mais pour en méditer les leçons.
Envisagé de cette façon, le maniérisme de Jacques HOUPLAIN pourrait se discerner à travers bon nombre de ses gravures, celles dans lesquelles transparaît sensiblement ce qu’il doit à sa connaissance du lavis chinois entre autres, alors que son inspiration demeure purement, voire volontairement, occidentale. » (Hufu LAN)